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C'était par une froide nuit d'hiver qu'il la vit pour la première fois. Son il exercé ne pouvait se tromper ! C'était bien une nouvelle étoile ! Plus scintillante, plus haute, plus seule aussi dans le ciel que les autres. L'apparition, tout à l'est, de ce nouvel astre d'une brillance extrême était tellement incongrue, tellement inattendue, que le pauvre astronome du royaume de Rey ne put trouver le sommeil. Nanti de son compas et de ses équations fort compliquées il se plongea dans sa carte céleste, mais il avait beau faire et refaire ses calculs, la conclusion restait invariable : la naissance d'une étoile à cet endroit était mathématiquement impossible ! Néanmoins ELLE BRILLAIT ! Le lendemain, Théodore, car tel était son nom, crut avoir rêvé. Mais le soir venu, il dut bien se rendre à l'évidence. Quelque chose d'incroyable se tramait dans le ciel d'orient. Il se rendit au petit matin chez son ami Grégoire, le bibliothécaire. En deux mots, il lui exposa la situation : l'étoile, l'orient, les calculs inefficaces, son profond désarroi. L'heure était grave, aussi Grégoire ferma la porte de la bibliothèque à clef et chaussa ses lunettes, puis tous deux se plongèrent alors dans la consultation minutieuse des écrits des anciens. Chaque index de chaque ouvrage de chacun des immenses rayonnages y passa. Rien, pas une ligne, pas un mot ne permettait d'expliquer cet incroyable phénomène. Quand Théodore sortit, il était très tard et l'étoile revenue avec la nuit était plus scintillante et plus insistante que jamais. Théodore ne comprenait pas : " Mais qui es-tu ? " hurla-t-il. C'est alors qu'une voix fluette lui répondit : " Théo, elle est la direction à prendre, le chemin à suivre, le signe d'une vie nouvelle". Théodore sursauta et se retourna : un petit garçon étonnant se tenait là devant lui au plein milieu de cette nuit. Sa voix était comme l'eau fraîche des torrents sur les rochers, à la fois cristalline, désaltérante et riante, et Théodore se sentit tressaillir : " tu la connais, toi ? " chuchota-t-il. L'enfant rit, et répondit : " va en orient, n'ai crainte, tu ne seras pas seul, Théo. Elle te mènera à une étable dans laquelle un enfant vient de naître. Un enfant qui nous sauvera tous". Théodore n'en revenait pas : " comment sais-tu tout cela ? " L'enfant sourit furtivement et disparut, en laissant seulement derrière lui une plume argentée comme celles des anges. Dans le ciel noir, l'étoile brillait maintenant de mille feux. C'est ainsi que Théodore, malgré toute sa rigueur scientifique rentra chez lui, prépara ses valises, harnacha son petit âne et s'apprêta à partir. Au moment de refermer la lourde porte du domaine, il s'interrompit : si l'enfant à la plume avait dit vrai, il ne pouvait pas arriver les mains vides ! Alors il se pressa à la cave, y prit son bien le plus précieux et le glissa dans son bagage: une fiole magnifiquement ouvragée, qui contenait un liquide doré. Issu de l'unique grappe, de l'unique cep que possédait le royaume de Rey en ce temps là, ce breuvage avait été imaginé pour les jours de fête, les invités de marque, les grandes occasions. Satisfait, notre homme monta en selle et prit vers l'est au petit trot. Plus il avançait, plus l'étoile rayonnait, et plus elle rayonnait, plus il se hâtait. C'était comme si elle ajustait son aura à sa course, comme si elle pressait ses pas, comme si elle riait de sa présence ! Chemin faisant, Théo rencontra un nommé Gaspard et son magnifique cheval noir ; il était l'astronome royal du royaume septentrional et marchait lui aussi dans le sillon de l'astre. Plus tard, ce fut Melchior, perché sur son éléphant, qui se joignit à eux. Balthazar, un troisième mage, fut rencontré plus loin, alors qu'il faisait paître son chameau à la faveur d'un tournant. Ainsi arrivèrent-ils à quatre pour célébrer la naissance du petit enfant. La suite de l'histoire, vous la connaissez. Gaspard, Melchior et Balthazar offrant l'or, la myrrhe et l'encens au nouveau-né. Si toutefois, la mémoire de Théodore et de sa fiole de Muscat s'est perdue, ne vous étonnez pas : le flacon fut ouvert et partagé le soir même de l'arrivée. Et c'est depuis, que chaque année à De Rey, on fabrique un muscat particulier, un muscat aérien comme une plume d'ange, scintillant comme une étoile d'orient, et joyeux comme un miracle de Noël. |